« Emplois décents »
Avec des secteurs industriels menacés par pans entiers (automobile, électronique, télécoms, chantiers navals) ou des modèles de production confrontés à de sévères évolutions (agriculture, pêche), l'emploi breton a quelques soucis à se faire. Même si la Bretagne est moins touchée que d'autres régions par le chômage, elle souffre aussi d'avoir beaucoup de salariés pauvres et précaires, faiblement qualifiés, de temps partiels subis.
L'enjeu n'est donc pas seulement de créer n'importe quels emplois, pourvu qu'ils fassent nombre, mais aussi qu'ils permettent d'en vivre correctement. « Qu'ils soient décents », nuance Alain Even, universitaire, professeur de socioéconomie et président du Conseil économique et social de Bretagne qui réunit les représentants du monde socio-économique.
Voiture verte
Alors que, pendant des années, la Bretagne a continué à créer des emplois quand la France en perdait, cette fois, ça y est, la Bretagne recule elle aussi. Les bases économiques traditionnelles de la Bretagne (agriculture, agroalimentaire et industrie) vont être confrontées à des mutations considérables. Retrouvera-t-elle ses volumes antérieurs d'emploi ? Rien n'est moins sûr. Pour l'agriculture et l'agroalimentaire, c'est « peu probable », juge Alain Even. L'électronique, elle, « a déjà disparu », sauf la recherche où « nous ne sommes pas dépourvus ». Pour l'automobile, la mutation promet d'être encore plus « radicale ». Alors, pourquoi pas un pôle voiture verte, non polluante et en matériaux recyclables, en Bretagne, autour de Bolloré, PSA, etc. ?
Énergies
« On a raté l'éolien terrestre, il ne faudrait pas rater les énergies marines. » Vent, marées, houle, la Bretagne a tout pour réussir en ce nouveau domaine. À condition qu'elle se dote des structures lourdes qui permettront d'exploiter ces nouvelles énergies : recherche et formation, plateformes portuaires, filière industrielle. De même, les écoactivités, en particulier dans le bâtiment, promettent d'être un vrai gisement d'emplois.
Démographie
L'autre atout important de la Bretagne, c'est son solde migratoire positif, grâce à son attractivité. Ce qui, mécaniquement, crée aussi des emplois : éducation, santé, services, etc. Attention toutefois au danger de la « Breizh Riviera », sur le littoral sud, en clair une économie basée sur les seuls services pour des retraités privilégiés ? « Non », réfute Alain Even. Pour lui, le danger serait d'abord celui d'une « spécialisation exagérée dans le résidentiel » (aujourd'hui, cette économie résidentielle assure deux emplois sur cinq en Bretagne).
Dossier Christophe VIOLETTE.